Acórdão do Cour européenne des droits de l'homme
Processo Francesco De Rosa v. Italy

N.º do Acórdão
52920/99
Data
12/02/2002

Article 6 Article 6-1 Article 41


Sumário

Violation of Art. 6-1
Non-pecuniary damage - financial award
Costs and expenses partial award - Convention proceedings


Texto da decisão

 

 

QUATRIÈME SECTION

 

 

AFFAIRE FRANCESCO DE ROSA c. ITALIE

 

 

(Requête n° 52920/99)

 

 

ARRÊT

 

 

STRASBOURG

 

12 février 2002

 

 

 

DÉFINITIF

 

12/05/2002

 

 

 

 

 

Cet arrêt deviendra définitif dans les conditions définies à l’article 44 § 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.


En l’affaire Francesco De Rosa c. Italie,

La Cour européenne des Droits de l’Homme (quatrième section), siégeant en une chambre composée de :

 Sir Nicolas Bratza, président,
 MM. M. Pellonpää,
  A. Pastor Ridruejo,
  L. Ferrari Bravo,
  M. Fischbach,
  J. Casadevall,
  S. Pavlovschi, juges,
et de M. O’Boyle, greffier de section,

Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 22 janvier 2002,

Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date :

PROCÉDURE

1.  A l’origine de l’affaire se trouve une requête dirigée contre la République italienne et dont un ressortissant italien, M. Francesco De Rosa (« le requérant »), avait saisi la Commission européenne des Droits de l’Homme le 12 décembre 1997 en vertu de l’ancien article 25 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales (« la Convention »). La requête a été enregistrée le 25 novembre 1999 sous le numéro de dossier 52920/99. Le requérant est représenté par Me S. De Nigris De Maria, avocat à Bénévent. Le gouvernement italien (« le Gouvernement ») est représenté par son agent, M. U. Leanza, et par son coagent, M. V. Esposito.

2.  La Cour a déclaré la requête recevable le 22 mars 2001.

EN FAIT

3.   Le 22 janvier 1991, le requérant assigna M. E. devant le tribunal de Bénévent afin de recouvrer la jouissance de terrains occupés, selon lui, illégalement, d’obtenir le retour au statu quo ante et la réparation des dommages subis.

4.  La mise en état de l’affaire commença le 7 mars 1991. Des treize audiences fixées entre le 4 juillet 1991 et le 29 novembre 1996, deux furent renvoyées d’office, une pour permettre aux parties de parvenir à un règlement amiable, neuf concernèrent un rapport d’expertise et son complément - dont trois audiences reportées car l’expert n’avait pas déposé au greffe le rapport en question - et la dernière audience fut remise pour permettre aux parties de présenter leurs conclusions ; ce qu’elles firent le 23 mai 1997.

5.  L’audience de plaidoiries devant la chambre compétente fut fixée au 7 décembre 1999. La loi concernant les sezioni stralcio étant entrée en vigueur, le 12 décembre 1998 le président du tribunal attribua l'affaire au collège de magistrats chargé de traiter les affaires les plus anciennes (sezione stralcio) et fixa une audience au 2 février 1999.

6.  Le jour venu, les parties demandèrent que l’affaire fut mise en délibéré mais, eu égard à la surcharge du rôle, le magistrat reporta l’affaire au 8 mai 2000 en indiquant que cela laissait un peu plus de temps aux parties pour tenter de parvenir à un règlement amiable.

7.  Selon les informations fournies par le requérant, le juge fixa une audience au 18 décembre 2001.

EN DROIT

I.  SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 6 § 1 DE LA CONVENTION

8.  Le requérant allègue que la durée de la procédure a méconnu le principe du « délai raisonnable » tel que prévu par l’article 6 § 1 de la Convention, ainsi libellé :

« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue (...) dans un délai raisonnable, par un tribunal (...) qui décidera (...) des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil (...) »

9.  Le Gouvernement s’oppose à cette thèse.

10.  La période à considérer a débuté le 22 janvier 1991 et la procédure était encore pendante au 18 décembre 2001

11.  Elle avait, à cette date, duré plus de dix ans et dix mois pour une instance.

12.  La Cour rappelle avoir constaté dans de nombreux arrêts (voir, par exemple, Bottazzi c. Italie [GC], n° 34884/97, § 22, CEDH 1999-V) l’existence en Italie d’une pratique contraire à la Convention résultant d’une accumulation de manquements à l’exigence du « délai raisonnable ». Dans la mesure où la Cour constate un tel manquement, cette accumulation constitue une circonstance aggravante de la violation de l’article 6 § 1.

13.  Ayant examiné les faits de la cause à la lumière des arguments des parties et compte tenu de sa jurisprudence en la matière, la Cour estime que la durée de la procédure litigieuse ne répond pas à l’exigence du « délai raisonnable » et qu’il y a là encore une manifestation de la pratique précitée.

Partant, il y a eu violation de l’article 6 § 1.

II.  SUR L’APPLICATION DE L’ARTICLE 41 DE LA CONVENTION

14.  Aux termes de l’article 41 de la Convention,

« Si la Cour déclare qu’il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d’effacer qu’imparfaitement les conséquences de cette violation, la Cour accorde à la partie lésée, s’il y a lieu, une satisfaction équitable. »

A.  Dommage

15.  Le requérant réclame 40 000 000 lires italiennes (ITL) au titre du préjudice moral qu’il aurait subi.

16.  La Cour considère qu’il y a lieu d’octroyer au requérant 14 000 euros (EUR) au titre du préjudice moral.

B.  Frais et dépens

17.  Le requérant demande également 9 604 176 ITL pour les frais et dépens encourus devant la Cour.

18.  Selon la jurisprudence de la Cour, un requérant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et dépens que dans la mesure où se trouvent établis leur réalité, leur nécessité et le caractère raisonnable de leur taux (voir, par exemple, l’arrêt Bottazzi précité, § 30). En l’espèce et compte tenu des éléments en sa possession et des critères susmentionnés, la Cour estime raisonnable la somme de 1 500 EUR au titre des frais et dépens de la procédure devant la Cour et l’accorde au requérant.

C.  Intérêts moratoires

19.  Selon les informations dont dispose la Cour, le taux dintérêt légal applicable en Italie à la date dadoption du présent arrêt était de 3 % lan.

PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L’UNANIMITÉ,

1.  Dit qu’il y a eu violation de l’article 6 § 1 de la Convention ;

 

2.  Dit

a)  que l’Etat défendeur doit verser au requérant, dans les trois mois à compter du jour où l’arrêt est devenu définitif conformément à l’article 44 § 2 de la Convention, 14 000 EUR (quatorze mille euros) pour dommage moral et 1 500 EUR (mille cinq cents euros) pour frais et dépens ;

b)  que ces montants seront à majorer dun intérêt simple de 3 % lan à compter de lexpiration de ce délai et jusquau versement ;

 

3.  Rejette les demandes de satisfaction équitable pour le surplus.

Fait en français, puis communiqué par écrit le 12 février 2002, en application de l’article 77 §§ 2 et 3 du règlement.

 Michael O’Boyle Sir Nicolas Bratza
 Greffier Président